malappris

Diane Arbus, couple, 1965

Je m’aperçois que tu as effacé tous nos messages. Je ne dis rien.

Allongés dans le lit, je regarde mon téléphone, il pense. Ses pensées occupent tout l’espace depuis quelque temps. Ses pensées engendrent mes silences. Je ne sais plus quoi dire, je redoute les réponses certainement. Je choisis un podcast. Le sujet ? Une interview de Desplechin au sujet d’un film qu’il a réalisé, basé sur un roman de Roth, Tromperie. Je choisis cette émission par intérêt pour Roth, mon livre parfait celui que j’aime lire, celui que j’offre, celui que j’aurais aimé écrire, la bête qui meurt. Aujourd’hui, je me demande si le sujet de la tromperie, n’a pas également guidé mon choix. Desplechin répond aux questions, il parle de l’autofiction, de la liberté de l’écrivain à écrire autour de sa vie et celle de ses proches. Le journaliste lui demande si ce n’est pas se comporter comme un vampire. Roth, même lorsqu’il apparaît dans ses livres sous les traits de son alter égo Zuckerman, utilise sa vie comme matériel. Ses compagnes, ses amantes y ont toujours une place.

se faire sucer c’est pas tromper
Kalash X Damso

Nous écoutons. “- Roth est un salopard et pourtant, il est aimé, je ne comprends pas. – Tu crois qu’on choisit qui on aime ? Et surtout, il ne se dépeint pas comme un homme parfait, il n’écrit pas en faisant croire aux autres, à lui, ce qu’il n’est pas.” Il est honnête, la vérité est belle parce qu’elle n’est pas parfaite. Écrire sur soi ça implique les siens. Ce qui arrive à deux personnes appartient autant à l’un qu’à l’autre. Ces questions, je me les suis souvent posées, cela m’a même amené à faire une pause dans mes publications. G. est gêné de lire notre histoire, une histoire racontée, basée sur la vie que nous partageons. Son malaise m’a fait me demander si effectivement, faire de moi et mes amants mon seul sujet, était “intéressant”. Était-ce juste pour les autres ? Mais lorsque nous discutons et qu’il s’approprie mes idées pour les faire siennes auprès des autres, est-ce que c’est juste ? L’équitable ça entrave, la vie n’est pas parfaite, n’est pas lisse, j’ai décidé : les histoires sont faites pour être partagées comme les idées. Si je dois être loyal envers quelqu’un, c’est envers moi. Le sujet est je, un je juste au possible. La question de savoir pourquoi Roth était aimé alors que détestable, je me demande s’il la posait à son propre sujet ou à mon sujet ?
Désormais, nos discussions étaient à sous-titre, mais un sous-titre invisible à l’autre. Alors, on a fait ce qu’on savait encore faire, baiser. Allongée sur le ventre, je lui ai donné mon cul, me suis collé à lui. J’ai écarté mes fesses, il s’est introduit entre, en direction de mon con. Nous reprenons nos caresses. Sa main sur mon sein, puis elle revient sur ma nuque. J’aime quand il tient ma nuque de sa main, sentir ses doigts frais sur mon cou chaud. C’est fort et c’est doux comme souvent entre nous. Est-ce qu’on compare les amants, les maîtresses ? Oui. Chaque histoire est particulière, chaque histoire nous permet de cultiver une facette de notre personnalité. J’aime sa douceur, sa fermeté que j’ai découverte et cultivée avec le temps. J’aime sa queue parfaite pour moi, longue et large. Il est mon élément mâle, je suis son élément femelle, sa queue me va. J’aime ce sentiment, quand il est en moi, d’être emplie. Il gémit. Il râle, je sens qu’il perd le contrôle. Je suis attentive à son plaisir, je veux qu’il jouisse, qu’il lâche prise. Mes fesses, mes hanches ondulent autour de son bassin. Je la sens au fond, je le sens au bord. Notre souffle est court, il s’interrompt. Nous jouissons.

Le silence revient.

Spread desire

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