Burlesque Comedienne in her dressing room, Diane Arbus
Mars 2018
“ – Parce que t’es la plus belle et la plus intelligente, je sais bien qu’objectivement c’est pas le cas, mais à mes yeux tu l’es.
– Et si tu rencontrais une plus jolie, une plus intelligente ?
– Je sais pas, peut-être que ça s’est déjà produit, mais je l’ai pas vu puisque tu es à mes yeux la plus belle et la plus intelligente.”
“ Je l’ai revu, il devait me rendre mes clefs et tu vois avant qu’il soit là j’appréhendais un peu, est-ce que j’allais le trouver désirable, est-ce que j’aurais encore envie de lui ? Et dans ce cas qu’est-ce que j’allais faire ? Ben non, rien. Il m’a fait aucun effet, j’ai bien vu ses regards charmeurs. Ben rien il ne me fait aucun effet désormais. Il n’est pas devenu moche, il est toujours aussi beau, mais mon désir est pour une seule personne, toi, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps, je suis surprise.”
Je m’aperçois que tu as effacé tous nos messages. Je ne dis rien.
Allongés dans le lit, je regarde mon téléphone, il pense. Ses pensées occupent tout l’espace depuis quelque temps. Ses pensées engendrent mes silences. Je ne sais plus quoi dire, je redoute les réponses certainement. Je choisis un podcast. Le sujet ? Une interview de Desplechin au sujet d’un film qu’il a réalisé, basé sur un roman de Roth, Tromperie. Je choisis cette émission par intérêt pour Roth, mon livre parfait celui que j’aime lire, celui que j’offre, celui que j’aurais aimé écrire, la bête qui meurt. Aujourd’hui, je me demande si le sujet de la tromperie, n’a pas également guidé mon choix. Desplechin répond aux questions, il parle de l’autofiction, de la liberté de l’écrivain à écrire autour de sa vie et celle de ses proches. Le journaliste lui demande si ce n’est pas se comporter comme un vampire. Roth, même lorsqu’il apparaît dans ses livres sous les traits de son alter égo Zuckerman, utilise sa vie comme matériel. Ses compagnes, ses amantes y ont toujours une place.
[edit: ce texte a été écrit en 2018, le projet pharaonique en tête était une histoire pour un quartier de Marseille, déjà ceux que je connaissais puis d’autres à découvrir. Mais, en 2018 Marseille c’est la Plaine saccagée, il n’y a plus de marché depuis, il doit revenir il parait mais comme beaucoup de chose dans cette ville, ça attendra sûrement encore longtemps. Et surtout en 2018 à Marseille c’est l’effondrement de l’immeuble de la rue d’Aubagne et 8 personnes décèdent de l’incurie de la ville, de ses propriétaires. 2018 Marseille ça a été moche, alors mon texte je me le suis gardé. Ce soir je suis tombé dessus par hasard et ce soir j’ai envie de le partager, pour garder une trace de comment je voyais la Plaine et Marseille avant tout ça. bref va lire ou pas, tu me diras ou pas. ]
Il a appelé lundi matin à neuf heures, c’est le créneau choisi par les gens organisés, heure de prédilection des gens ordonnés,ceux qui rédigent les listes des différentes tâches à accomplir pour la semaine à venir, Lire la suite →
Son existence était simple, correcte, ennuyeuse, les jours se succédaient sans surprises puis venait le dimanche, elle se rendait à la messe et devait se confesser. Seulement, avec cette vie-là, quoi dire ? Alors elle inventait des péchés à confier au curé pour ne pas le décevoir, tous les dimanches elle arrivait avec une petite histoire qu’elle avait pris soin d’inventer durant la semaine. On lui avait parlé des sept péchés capitaux alors elle s’en inspirait sauf le dernier la luxure, elle était vierge et elle n’avait eu ni le temps ni l’envie de coucher, comme les filles du village disaient. Alors elle parlait au curé de sa jalousie pour la voisine qui possédait un jupon de plus qu’elle ou de la colère qu’elle avait eu en trébuchant dans une marre. Elle s’efforçait de rendre cela plausible pour accomplir son obligation dominicale. Ses parents s’étaient retrouvés dans le besoin et l’avaient placée comme bonne, dans une famille nouvellement installée à la ville voisine. Alma se disait que rentrer à leur service, serait un peu comme rentrer dans les ordres, un sacerdoce, elle allait l’accomplir six jours sur sept, le dimanche serait de repos pour rendre visite à la famille et pouvoir se rendre à confesse, inventer encore des vices qu’elle ne possédait pas, mais c’était sans compter la vie qui l’attendait dans l’hôtel particulier où elle se rendait aujourd’hui.Lire la suite →
Prenez bien soin de laver votre orifice chaque soir lors de votre douche, rien de plus désagréable que de prodiguer une fleur de lotus à un derrière sale.
♣
N’oubliez pas d’attacher votre gode au pied de votre lit avant de l’utiliser, pour ne pas avoir à vous rendre aux urgences pour l’extraction gênante de l’objet.
♣
N’ayez pas peur des fluides. Sueurs, règles et autres humeurs ne sont que l’expression des corps dont vous allez
devoir prendre soin.
♣ Lire la suite →
Je n’ai pas d’heure préférée pour baiser, mais les baises de l’après-midi ont un goût de liberté que les autres n’ont pas. Jouir derrière les volets fermés, gémir dans la clarté de la journée, haleter, suer alors que les autres sont au bureau. À cette heure-ci, je devrais participer au grand mouvement, mais le seul qui m’intéresse, c’est celui de nos hanches. À cette heure-ci, je devrais chercher une position vacante, mais la seule qui m’intéresse, c’est celle de nos corps l’un contre l’autre. Je passerais bien ma vie dans mon lit avec comme seul objectif, le plaisir, je passerais bien tout mon temps dans ma chambre avec comme seuls partenaires, les particuliers. Cela me donne l’impression de voler du temps, de ne rien produire, de faire quelque chose de totalement gratuit et jouissif. Mon dernier après-midi, je m’en souviens. Je me souviens de la douceur et la fraîcheur de ses mains, je me souviens de moi allongée sur le ventre lui enlaçant mes fesses, je me souviens avoir joui et lui aussi, je me souviens le bonheur d’être au lit avec lui, si cet après-midi avait pu durer une éternité, j’aurai dit oui, mais pour continuer à prendre du plaisir à l’école buissonnière il faut savoir y retourner. Enfin il parait.
6 juillet 2018
Je suis à Nîmes, j’attends G., c’est notre point de rencontre sur le chemin de notre week-end, cela lui paraissait plus pratique pour me récupérer avant de reprendre la route vers un village de Provence. Cette ville, je la connais, j’y ai vécu cinq ans durant mes études. Je m’y suis formé en tant qu’adulte, j’y ai rencontré C. mon amie à vie, j’y ai vécu mes premiers amours ceux qui ont déterminés les suivants. J’écris assise à la bibliothèque du Carré d’Art comme il y a 20 ans, j’y écrivais de la poésie, celle que j’avais fait lire aux professeurs pour l’entrée aux beaux-arts, un des profs avait été surpris, m’avait dit aimer mes mots et que j’avais un univers. Je n’avais rien écouté, disons que je n’avais pas entendu et que cette remarque qui aurait pu être un déclencheur, un tremplin pour être celle que j’essaie d’être désormais et bien, je l’ai pris pour de la vile flatterie d’un vieil homme blanc de cinquante ans à une jeune femme brune de vingt ans. Être à Nîmes aujourd’hui, c’est me rappeler celle que j’étais, celle que je suis, celle que je voulais devenir ? Non, je n’ai jamais voulu devenir qui que ce soit ou quoi que ce soit, même pas moi. Je suis une femme assise à la bibliothèque qui pose des mots sur un carnet comme il y a vingt ans.
8 juillet 2018
C’était le au revoir le plus nul au monde, s’il y avait un prix, on me l’aurait décerné. Quelques baisers « Tu veux des bananes ? Non. Le Halva ? Oui, ça, je ne peux pas dire non. Des galettes de riz ? Non. Je vérifie que l’adresse est bien mise dans le GPS, OK ! » « À bientôt !? » Était-ce une question, une affirmation, un souhait, une peur ? « On se tient au courant, tu peux prendre la bouteille en plastique et la jeter en chemin ? J’espérais des petits mots et toi, tu me tends une bouteille en plastique, OK… »
Il est entré dans la voiture, il me donnait le dos, il m’a donné le dos toutes les nuits, j’ai senti les larmes venir, j’ai tourné les talons et suis partie vers la gare sans un dernier mot. J’aurais dû lui jeter la bouteille en plastique et exiger quelque chose de mieux ! S’il avait pu me dire quelque chose, que m’aurait-il dit ? Au fond, qu’est-ce qu’il pense ? Je n’en sais rien, il ne me dit rien.
Je me suis installé à une terrasse de café, j’ai attendu, le serveur est passé devant moi plusieurs fois sans me voir, j’ai fini par l’intercepter lorsqu’il est revenu à la terrasse le plateau plein de verres aucun n’était pour moi, il s’est approché s’est excusé, je me suis levé et lui ai dit que je m’en allais.
Tout ça m’a fait penser aux paroles d’une chanson de Nina Simone « You’ve got to learn to leave the table when love’s no longer being served ».
12 juillet 2018
Premiers mots avec mon stylo offert par G. pour mon anniversaire. Il s’agit d’un stylo plume fait main en bois de genévrier. Il me l’a remis samedi dernier à V. lors de notre dîner sur ce que j’imagine être la seule place du village, au moment où je lui disais que je sentais qu’il s’éloignait, il a sorti un paquet cylindrique de sa poche intérieure et me l’a tendue, un papier cadeau bleu à étoiles blanches et scotch argenté, il avait pris soin d’acheter ce scotch « funky » tout comme il avait pris soin de choisir du bois de genévrier rouge, il a sorti un papier et lu « son compliment », c’était la description du genévrier rouge qui lui a fait penser à moi, un arbrisseau méditerranéen qui pousse sur le calcaire, appelé zimba en chaoui, araar en Algérie et au Maroc, qui pousse principalement dans les Aurès dont la longévité est supérieure à cinq cents ans.
C’était mon week-end anniversaire et je l’ai passé de la manière dont je voulais, avec G. .
Au mois de janvier j’ai participé à un jeu, il fallait simplement émettre un vœu et s’il était tiré au sort, il était exaucé, un peu comme dans les contes où un génie vient réaliser un souhait, il faut bien le formuler, réfléchir, car il faut toujours se méfier de ce que l’on souhaite. Au cœur de l’hiver, j’ai fermé les yeux, j’ai imaginé l’été, une forêt la nuit, allongée et les étoiles au-dessus de moi. J’ai donc souhaité une nuit dans une cabane. Lorsque j’ai vu mon vœu accordé, j’étais au cœur de mon hiver, au plus profond de ma dépression si tant est qu’il y ait un fond à cet état. Alors ce jeu, ce vœu, c’était une lueur, une joie simple de me dire que cet été, je dormirai dans une cabane, quoiqu’il se passe, je dormirai sous les étoiles, même seule, même déprimée, j’y serais. J’étais seule, il y avait bien « Bae » mais je ne voulais pas partager ce petit moment que j’avais décidé magique avec lui, il ne me connaît pas et avec le temps, j’ai compris la place qu’il avait dans ma vie, un copain sympa avec qui je couche de temps en temps, ni un ami, ni un amoureux, ni un complice. Alors en janvier, j’avais décidé que j’irai seule.
Et puis G. est arrivé, je suis tombé sous son charme tout de suite dès les premiers mots. Sa venue au moment où j’avais renoncé au sexe, aux sentiments, aux interactions était d’autant plus puissante, je me suis laissé porter. Je l’aime et je doute, de lui, de moi, de nous, mais une chose était sûre en janvier c’est que je voulais aller à la cabane sous les étoiles avec lui.
Depuis, lorsque je ferme les yeux, je me souviens de la cabane dans la forêt, de nous sur la terrasse de ses caresses de nos baisers de ce ciel étoilé la nuit, j’étais le dos contre la balustrade lui serré contre moi, nous nous sommes caressés habillés puis nus, j’ai serré son sexe à travers son pantalon puis sans, j’ai senti ses doigts sur ma culotte puis à travers. Nue dans la nature sous ses caresses douces et profondes, je ne le connaissais pas le jour où j’ai fait mon vœu, mais je crois bien que c’est ce que je voulais, manquer de souffle sous ses baisers, me sentir moite sous ses caresses, le sentir fébrile et fragile, reprendre ma respiration, écarter mes jambes et me coller à lui, je crois bien que je désirais cela le jour où j’ai fermé les yeux en janvier et formulé mon vœu, sentir ses hanches contre les miennes, osciller avec comme seul appuie la pointe de mes pieds sur le bois de la terrasse et au-dessus de nous l’infinie de la nuit, une obscurité si réconfortante.
“Les hanches d’A.,
le bas des reins d’A.,
le long du dos d’A.,
le creux des épaules d’A.,
le chemin entre les seins d’A.,
l’aine d’A.,
le ventre d’A.,
les hanches d’A.”
Je lui ai envoyé un article lu le matin au sujet de la timidité botanique, un phénomène poétique que je ne connaissais pas, certaines essences d’arbres maintiennent entre elles une distance, à voir de dessous cela ressemble à des labyrinthes séparés par une ligne bleue, les branches maîtresses ne se touchent pas, cela permet à la lumière de pénétrer dans les sous bois et éviter la propagation des maladies d’un individu à un autre enfin, c’est ce que certains scientifiques ont émis comme hypothèse car cela reste mystérieux.
Aussi mystérieux que nos deux corps qui se sont évités, frôlés, rapprochés, contournés,