
Je lui ai envoyé un article lu le matin au sujet de la timidité botanique, un phénomène poétique que je ne connaissais pas, certaines essences d’arbres maintiennent entre elles une distance, à voir de dessous cela ressemble à des labyrinthes séparés par une ligne bleue, les branches maîtresses ne se touchent pas, cela permet à la lumière de pénétrer dans les sous bois et éviter la propagation des maladies d’un individu à un autre enfin, c’est ce que certains scientifiques ont émis comme hypothèse car cela reste mystérieux.
Aussi mystérieux que nos deux corps qui se sont évités, frôlés, rapprochés, contournés,
durant un moment qui m’a paru une éternité, la timidité organique maintenait une certaine distance de sécurité, une respiration entre moi et le « Garçon ». Je ne savais plus faire. J’ai choisi longtemps de maîtriser mes relations, des rendez-vous avec des quasi-inconnus à qui je ne dévoilais rien de qui j’étais pour ne pas avoir à gérer d’éventuels liens, la vie avait été assez décevante et moi méfiante sur ce qu’elle me proposait. Mais se préserver des chagrins d’amour, c’est surtout se préserver de l’amour, et puis lorsque cela te tombe dessus le mieux reste encore de l’accueillir, le reste on verra. Alors nos corps maintenaient une sorte de distance respectueuse. Comment fait on lorsque son cœur bat pour quelqu’un, on tend la main, on lui dit ? Je ne sais plus, c’est tellement loin tout ça et puis je crois que je n’ai jamais su, ce qui me paraissait difficile à 15 ans l’est tout autant à 40.
Il y a eu la Plage du Prophète la nuit. Assise sur la digue, je fixais la mer noire éclairée par la lune et les lampadaires de la corniche Kennedy, il était debout derrière moi, j’ai réprimé un souffle, mais pas une larme, le bruit des vagues a recouvert cette respiration et la nuit cette larme. Puis, les corps se sont rapprochés enlacés, des baisers des caresses, celles que j’avais imaginées durant nos longues heures au téléphone au milieu de la nuit. Assez de jours s’étaient écoulés entre notre premier échange et cette nuit, pour penser, rêver au moment de se voir, se toucher, s’inquiéter aussi de la rencontre de nos corps, nos cœurs nos esprits avaient déjà fait une partie du chemin.
Des jours après j’écris et ressens toujours ses baisers sur tout mon corps le frisson continu, la peau se rappelle. Des caresses pour découvrir ce nouveau corps, le dos, les épaules, le bas du dos, le sexe, le cul, la poitrine, le ventre, les picotements, la vague de chaleur le plaisir doux et mon sexe qui a coulé doucement au contact de ses doigts par surprise. Lorsque je repense à ces instants, le feu envahit le bas de mon dos et un léger cambrement vient accompagner ce fin frisson, et je le revois lui, il était beau nu au dessus de moi.
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Une belle et troublante timidité…