
6 juillet 2018
Je suis à Nîmes, j’attends G., c’est notre point de rencontre sur le chemin de notre week-end, cela lui paraissait plus pratique pour me récupérer avant de reprendre la route vers un village de Provence. Cette ville, je la connais, j’y ai vécu cinq ans durant mes études. Je m’y suis formé en tant qu’adulte, j’y ai rencontré C. mon amie à vie, j’y ai vécu mes premiers amours ceux qui ont déterminés les suivants. J’écris assise à la bibliothèque du Carré d’Art comme il y a 20 ans, j’y écrivais de la poésie, celle que j’avais fait lire aux professeurs pour l’entrée aux beaux-arts, un des profs avait été surpris, m’avait dit aimer mes mots et que j’avais un univers. Je n’avais rien écouté, disons que je n’avais pas entendu et que cette remarque qui aurait pu être un déclencheur, un tremplin pour être celle que j’essaie d’être désormais et bien, je l’ai pris pour de la vile flatterie d’un vieil homme blanc de cinquante ans à une jeune femme brune de vingt ans. Être à Nîmes aujourd’hui, c’est me rappeler celle que j’étais, celle que je suis, celle que je voulais devenir ? Non, je n’ai jamais voulu devenir qui que ce soit ou quoi que ce soit, même pas moi. Je suis une femme assise à la bibliothèque qui pose des mots sur un carnet comme il y a vingt ans.
8 juillet 2018
C’était le au revoir le plus nul au monde, s’il y avait un prix, on me l’aurait décerné. Quelques baisers « Tu veux des bananes ? Non. Le Halva ? Oui, ça, je ne peux pas dire non. Des galettes de riz ? Non. Je vérifie que l’adresse est bien mise dans le GPS, OK ! » « À bientôt !? » Était-ce une question, une affirmation, un souhait, une peur ? « On se tient au courant, tu peux prendre la bouteille en plastique et la jeter en chemin ? J’espérais des petits mots et toi, tu me tends une bouteille en plastique, OK… »
Il est entré dans la voiture, il me donnait le dos, il m’a donné le dos toutes les nuits, j’ai senti les larmes venir, j’ai tourné les talons et suis partie vers la gare sans un dernier mot. J’aurais dû lui jeter la bouteille en plastique et exiger quelque chose de mieux ! S’il avait pu me dire quelque chose, que m’aurait-il dit ? Au fond, qu’est-ce qu’il pense ? Je n’en sais rien, il ne me dit rien.
Je me suis installé à une terrasse de café, j’ai attendu, le serveur est passé devant moi plusieurs fois sans me voir, j’ai fini par l’intercepter lorsqu’il est revenu à la terrasse le plateau plein de verres aucun n’était pour moi, il s’est approché s’est excusé, je me suis levé et lui ai dit que je m’en allais.
Tout ça m’a fait penser aux paroles d’une chanson de Nina Simone « You’ve got to learn to leave the table when love’s no longer being served ».
12 juillet 2018
Premiers mots avec mon stylo offert par G. pour mon anniversaire. Il s’agit d’un stylo plume fait main en bois de genévrier. Il me l’a remis samedi dernier à V. lors de notre dîner sur ce que j’imagine être la seule place du village, au moment où je lui disais que je sentais qu’il s’éloignait, il a sorti un paquet cylindrique de sa poche intérieure et me l’a tendue, un papier cadeau bleu à étoiles blanches et scotch argenté, il avait pris soin d’acheter ce scotch « funky » tout comme il avait pris soin de choisir du bois de genévrier rouge, il a sorti un papier et lu « son compliment », c’était la description du genévrier rouge qui lui a fait penser à moi, un arbrisseau méditerranéen qui pousse sur le calcaire, appelé zimba en chaoui, araar en Algérie et au Maroc, qui pousse principalement dans les Aurès dont la longévité est supérieure à cinq cents ans.
C’était mon week-end anniversaire et je l’ai passé de la manière dont je voulais, avec G. .
Au mois de janvier j’ai participé à un jeu, il fallait simplement émettre un vœu et s’il était tiré au sort, il était exaucé, un peu comme dans les contes où un génie vient réaliser un souhait, il faut bien le formuler, réfléchir, car il faut toujours se méfier de ce que l’on souhaite. Au cœur de l’hiver, j’ai fermé les yeux, j’ai imaginé l’été, une forêt la nuit, allongée et les étoiles au-dessus de moi. J’ai donc souhaité une nuit dans une cabane. Lorsque j’ai vu mon vœu accordé, j’étais au cœur de mon hiver, au plus profond de ma dépression si tant est qu’il y ait un fond à cet état. Alors ce jeu, ce vœu, c’était une lueur, une joie simple de me dire que cet été, je dormirai dans une cabane, quoiqu’il se passe, je dormirai sous les étoiles, même seule, même déprimée, j’y serais. J’étais seule, il y avait bien « Bae » mais je ne voulais pas partager ce petit moment que j’avais décidé magique avec lui, il ne me connaît pas et avec le temps, j’ai compris la place qu’il avait dans ma vie, un copain sympa avec qui je couche de temps en temps, ni un ami, ni un amoureux, ni un complice. Alors en janvier, j’avais décidé que j’irai seule.
Et puis G. est arrivé, je suis tombé sous son charme tout de suite dès les premiers mots. Sa venue au moment où j’avais renoncé au sexe, aux sentiments, aux interactions était d’autant plus puissante, je me suis laissé porter. Je l’aime et je doute, de lui, de moi, de nous, mais une chose était sûre en janvier c’est que je voulais aller à la cabane sous les étoiles avec lui.
Depuis, lorsque je ferme les yeux, je me souviens de la cabane dans la forêt, de nous sur la terrasse de ses caresses de nos baisers de ce ciel étoilé la nuit, j’étais le dos contre la balustrade lui serré contre moi, nous nous sommes caressés habillés puis nus, j’ai serré son sexe à travers son pantalon puis sans, j’ai senti ses doigts sur ma culotte puis à travers. Nue dans la nature sous ses caresses douces et profondes, je ne le connaissais pas le jour où j’ai fait mon vœu, mais je crois bien que c’est ce que je voulais, manquer de souffle sous ses baisers, me sentir moite sous ses caresses, le sentir fébrile et fragile, reprendre ma respiration, écarter mes jambes et me coller à lui, je crois bien que je désirais cela le jour où j’ai fermé les yeux en janvier et formulé mon vœu, sentir ses hanches contre les miennes, osciller avec comme seul appuie la pointe de mes pieds sur le bois de la terrasse et au-dessus de nous l’infinie de la nuit, une obscurité si réconfortante.